Police de type : Champ fleury (rennaissance) : le dessin de la lettre On pourrait aussi regarder non pas ce qui est écrit, mais la part des blancs. Il n’y a pas de typographie sans espace où il n’y a rien d’écrit. Quelle est l’importance de cet espace, quelle place lui fait-on, comment libère-t-on dans un espace à « graphier » de la liberté pour le regard ? Remplit-on la feuille, quels sont les écarts entre les lettres ? Il y a là des éléments à ne pas oublier. Ce qui est intéressant, c’est qu’on n’y pense pas tant que ça. Il y a quelque chose qui espace tout ça, qui fait respirer, qui fait beaucoup de bien. Ce qui m’intéresse, ce sont les écarts, les entre-deux, les espaces. Cette notion de blanc est fondamentale pour moi. Le texte est l’espace de l’auteur, un espace rationnel. L’espace rationnel est rassurant, confortable, non dangereux. Le blanc entre en ligne de compte à partir du moment où l’on laisse un blanc suffisant, des pages blanches, des blancs de grand fond, de petit fond. Le lecteur peut se perdre, se perdre vis-à-vis de lui-même et devenir ce que l’on a appelé dans la peinture hollandaise du 17ème siècle, un liseur. Aujourd’hui, repenser le langage visuel, c’est repenser des possibilités d’expression réprimées dans l’utilisation courante ou marchande de ces systèmes. La question du langage visuel aujourd’hui est de donner voix à ce qui est souvent réprimé. Restaurer la puissance du blanc à l’intérieur du livre, c’est accepter que ceux qui font les images, artistes, illustrateurs, etc., perdent une partie du contrôle de l’image. Une partie de ce contrôle est dévolue à celui qui regarde avec toute sa liberté. En typographie, il y a une expression belle : « espacium ». Espacium est le blanc actif, le blanc qui sert à quelque chose, qui permet de rendre le non blanc lisible. En typographie, l’espace est au féminin, on parle d’une espace, ce qui singularise cet endroit particulier.
02.04.2025 15:48